Suite à un article paru dans l’organe de presse du Vatican, L’Osservatore Romano, la blogosphère se jetait sans retenue sur les déclarations du Père jésuite Jose Funes, directeur de l’Observatoire du Vatican. En effet, celui-ci avait affirmé, dans une entrevue parue le 13 mai, que la vie sur d’autres planètes pouvait exister, et qu’elle ne remettait pas en cause les fondements du catholicisme. En écho à la prière de Saint-François d’Assise, ces créatures, s’ils existent, devraient être considérés comme des « frères extraterrestres », faisant partie de la Création. « Tout comme il y a une multitude de créatures sur Terre, il pourrait y avoir d'autres êtres, même des êtres intelligents, crées par Dieu. Cela ne contredit pas notre foi, car nous ne pouvons pas poser de limites à la liberté créatrice de Dieu », dit-il.

Dieu, l'Église et les Extraterrestres : christianisme et conquête spatiale (2001)


Ce n’est pas la première fois qu’un astronome – et jésuite – se prononce sur la question puisque Guy Consolmagno a déjà publié un pamphlet d’une cinquantaine de pages intitulé « Intelligent Life in the Universe? Catholic Belief and the Search for Extraterrestrial Intelligent Life. »

En fait, l’Église catholique a une longue tradition de réflexion sur la chose. Bien avant ces jésuites contemporains, Nicolas de Cues (1401-1464) et Giordano Bruno (1548-1600) furent partisans de la pluralité des mondes. (Notons par ailleurs que ce n’est pas une coïncidence si la question des âmes extraterrestres est abordée par les membres de la Société de Jésus plutôt que par une quelconque autre congrégation religieuse. Les Jésuites furent pendant longtemps les champions des accommodements culturels, par exemple, avec la querelle des rites chinois.)

Certains pensent que la recherche de la vie sur d’autres planètes ne relève pas de la science ou, au mieux, qu’elle constitue un gaspillage de temps. Pourtant, le postulat de base de l’exobiologie se trouve dans les fondements de la cosmologie, et même de la science tout court. En effet, le principe cosmologique, sur lequel repose encore aujourd’hui toutes nos conceptions de l’Univers, suppose que le cosmos est homogène et isotrope, c’est-à-dire que son apparence générale ne dépend pas de la position de l'observateur, et que par conséquent, l’Homme n'occupe pas de position privilégiée dans l'univers. Déjà, aux sources de la science, les anciens Grecs avaient établi cet axiome :

- Anaximandre de Milet (616-546 av. J.-C.) imaginait la pluralité des mondes,
- Démocrite d'Abdère (460-370 av. J.-C.) pensait que l’univers infini contenait une infinité de mondes différents,
- Épicure (341-270 av. J.-C.) croyait que les mondes de Démocrite étaient remplis d’êtres vivants,
- Lucrèce (98-55 av. J.-C.), dans son De natura rerum (De la nature), utilise explicitement le principe cosmologique pour conclure qu’il existe d’autres Terres que la nôtre : « Si la même force, la même nature subsistent pour pouvoir rassembler en tous lieux ces éléments dans le même ordre qu’ils ont été rassemblés sur notre monde, il te faut avouer qu’il y a dans d’autres régions de l’espace d’autres terres que la nôtre, et des races d’hommes différentes, et d’autres espèces sauvages. »

Comme on le voit, si l’idée de pluralité des mondes n’est pas nouvelle, elle est aussi parfaitement rationnelle et issue de la plus pure logique scientifique. (Il n’est donc pas étonnant que les créationnistes et autres extrémistes religieux soient contre cette hypothèse scientifique puisque pour eux la Terre est unique, le cadeau de Dieu à l’humanité, celle-ci étant aussi le peuple élu, etc.). Face à cette possibilité, comment l'Église chrétienne considère-t-elles les éventuelles civilisations extraterrestres ? S'il y a plusieurs mondes, y a-t-il plusieurs incarnations ? Les extraterrestres ont-ils une âme ? Et ont-ils besoin d’être sauvés ? Pour le savoir, je vous suggère la lecture d’un excellent ouvrage publié en 2001 chez Albin Michel : Une lecture suggérée : Dieu, l'Église et les Extraterrestres : christianisme et conquête spatiale (2001). Entre autres chapitres, vous y trouverez les textes suivants :

• L'espace, territoire d'évangiles
• Preuves scientifiques de l'existence de planètes habitables hors du système solaire. Un défi pour la pensée religieuse - Georges V. Coyne
• L'entrée du Christ dans la gloire. Renouvellement du rapport de l'homme et de l'espace - Jean-Michel Maldamé
• Les sauveurs de l'espace : croyance aux extraterrestres et religions soucoupistes - Jean-François Mayer
• L'évangile des hommes perdus et de la Terre-Patrie - Edgar Morin
• Entre les deux mondes, un troisième - Basarab Nicolescu
• L'expansion cosmique du genre humain
• Le Noé du XXIe siècle ira-t-il sur Mars ? - Jacques Arnould
• Le regard des dieux - Jeffrey A. Hoffman
• L'extra-humanisme de la science-fiction - Alexandre Vigne
• Vers une nouvelle Terre ? Approche philosophique de la conquête spatiale - Maria Villela-Petit
• Trouver dieu dans les étoiles
• Un univers peuplé d'autres êtres intelligents ? - René Berthier
• Incarnation et pluralité des mondes habités d'après Teilhard - Jean-Pierre Demoulin & Gustave Martelet
• Si les mondes sont multiples, est-il nécessaire que l'incarnation le soit aussi ? - Joseph Kallarangatt
• Le monde d'en haut et d'en bas. Réflexion sur les êtres pensants en dehors de la Terre - Mihály Kránitz
• Les missionnaires de l'espace
• L'Eglise et les extraterrestres - Jean Baechler
• Enquête par correspondance - Wolfgang Klausnitzer
• Pluralité des mondes et révélation de Jésus-Christ - Karl Neufeld
• L'organisation d'un christianisme cosmique. Les conférences épiscopales dans une Eglise «à ciel ouvert» - Jacques Palard
• Une Eglise catholique interplanétaire - Jean Rigal
• La conquête de l'espace : questions canoniques et juridiques - Jean Werckmeister

Les questions traitées dans ce livre regardent surtout l’Église catholique. Mais quelles sont les positions des autres grandes religions vis-à-vis la vie extrasolaire. On pourra en avoir une petite idée en consultant le site The Extraterrestrial Sermons. Dans les documents en format pdf de ce site, douze scénarios examinent la perception que pourraient avoir les clergés islamiques, chrétiens, et hindous vis-à-vis la réception de trois messages extraterrestres différents (SETI).

Finalement, comme d’autres commentateurs l’ont fait, on peut tout de même se demander pourquoi cet entrevue dans l’Osservatore Romano. Comme bien des catholiques, on se plaît à lire dans ces articles des messages cryptés du Saint-Siège. Est-ce donc en prévision du 200ème anniversaire de la naissance de Charles Darwin, pour lequel le Vatican prépare l’organisation d’une conférence en 2009 ? Est-ce que ce ballon d’essai, par la bande, signale une plus grande ouverture de Benoît XVI vis-à-vis la théorie de l’évolution et une réfutation du fondamentalisme croissant que le pape a sans doute vu de près lors de son voyage aux États-Unis ? Difficile à dire. La position du nouveau pape semble encore ambiguë envers les valeurs de la science moderne. L’exégèse des actions vaticanes est quelquefois aussi laborieuse que l’interprétation des textes bibliques!