Science et fantaisie
3 octobre 2007
Dans un billet récent, l’écrivain de science-fiction L.E. Modesitt Jr. faisait remarquer que la popularité de la fantasy en littérature de genre dépendait sans doute d’une vision du monde magique chez les lecteurs.
En effet, depuis plus d’une vingtaine d’années, les ventes de la fantasy, un genre basé sur l’utilisation de la magie et du surnaturel, dépassent celles de la science-fiction, un genre dans lequel elle a été incorporée pendant longtemps. Si les œuvres de SF demeurent encore nombreuses à être publiées, elles sont maintenant dépassées en quantité par les quêtes magiques et les romans en série mettant en scène elfes et princes en devenir. Les éditeurs recherchent avidement les œuvres de qualité en science-fiction alors qu’ils peuvent trouver facilement des trilogies plutôt décentes, et quelquefois excellentes, de fantasy.
À quoi attribuer cette tendance alors que dans les années 1960 la science et la SF étaient à l’honneur ? Modesitt croie que ce renversement de situation est du au fait que nous vivons maintenant dans un monde où la technologie est considérée comme magique. Dans une société où l’éducation scientifique est minimale, les gens ignorent souvent comment fonctionne les gadgets de leur vie quotidienne. Nous nous servons tous de l’Internet mais combien d’entre nous sommes capables d’expliquer la commutation par paquets, à la base du protocole IP. La télévision, les iPod, les téléphones cellulaires sont autant de boites noires qu’il nous est interdit d’ouvrir (sous peine d’annuler leurs garanties, bien entendu) et dont nous ne pouvons saisir les mécanismes puisqu’ils nous sont invisibles. En fait, le nouveau design industriel qui associe esthétisme et minimalisme fonctionnel font de ces merveilles de complexité technologique des mensonges de commodité. Nous pouvons nous servir de la technologie qui nous est offerte par les grandes compagnies mais il devient de plus en plus difficile de la comprendre, et donc de la modifier pour assouvir nos besoins personnels.
Les grandes avancées technologiques ont eu lieu à la fin du XIXe siècle et au début du XXe lorsque les outils de la révolution industrielle se sont répandus et que les individus ont pu s’en servir pour modifier les machines disponibles. Ainsi, mon grand-père entretenait ses automobiles lui-même et ne se présentait au garage que pour des troubles majeurs de mécanique. Aujourd’hui, avec tous les senseurs électroniques connectés au démarreur, il est devenu difficile pour le propriétaire de la voiture de diagnostiquer ou de changer des pièces lui-même. J’ai connu l’époque où l’on ouvrait soi-même les casiers de radio et de télévision afin de changer la lampe (eh oui, des tubes à vide) au réparateur du coin. Aujourd’hui, toute cette électronique est sur circuit intégré et il faut changer tout le circuit si un défaut se présente.
Avec mes premiers ordinateurs, je programmais moi-même mes logiciels en BASIC et je tripatouillais régulièrement le DOS et les paramètres de Windows 3.1. Aujourd’hui, avec les bases de registres ultra-compliquées des nouvelles versions de Windows, il est devenu impossible de contrôler la propre sécurité de son système, quoiqu’en disent les ingénieurs de Microsoft. Nous sommes à leur merci et à celle des hackers qui, eux, ont mis du temps considérable à comprendre la chose.
Lorsque nous étions jeunes, nous bâtissions nos propres amplificateurs pour les systèmes de son, nos parents nous offraient des kits de science, avec cristaux et microscope, ou des ensembles de chimie. Aujourd’hui ces mini-laboratoires sont interdits à cause des substances chimiques considérées comme dangereuses, sans compter les dangers potentiels de terrorisme ! (Autrement dit, si la technologie est entre les mains des particuliers, DANGER !, alors que l’on considère normal que ce soit les grandes corporations qui décident de l’orientation technologique de la société toute entière.)
Lorsque les machines étaient plus simples, il était plus facile pour un plus grand nombre de les comprendre, de les entretenir et de les modifier au besoin. Mais, paradoxalement, la sophistication plus grande de nos outils, associée avec un design fonctionnaliste, nous sépare de leur réalité technologique. Le iPod ou la manette de télécommande sont, à cet égard, l’équivalent de la baguette magique d’Harry Potter.
C’est d’ailleurs pourquoi le steampunk est à la mode en science-fiction. Parce que les artefacts technologiques de l’époque victorienne sont compréhensibles pour nous. Machines à la vapeur, pistons et leviers, acier et cuivre, valves et roues dentées... malgré l’absence de design industriel et le manque d’ergonomie, ce sont des machines reconnaissables comme telles, et non pas des bouts de plastique colorés !
Certains intervenants du milieu de l’édition me disent que le phénomène de la fantasy a fait son temps et que la SF devrait revenir en force bientôt. Je l’espère. Le but premier de la scientifiction, telle que popularisée par Hugo Gernsback dans les années 1920, était d’intéresser les jeunes lecteurs aux sciences. Ils en ont bien besoin.
En effet, depuis plus d’une vingtaine d’années, les ventes de la fantasy, un genre basé sur l’utilisation de la magie et du surnaturel, dépassent celles de la science-fiction, un genre dans lequel elle a été incorporée pendant longtemps. Si les œuvres de SF demeurent encore nombreuses à être publiées, elles sont maintenant dépassées en quantité par les quêtes magiques et les romans en série mettant en scène elfes et princes en devenir. Les éditeurs recherchent avidement les œuvres de qualité en science-fiction alors qu’ils peuvent trouver facilement des trilogies plutôt décentes, et quelquefois excellentes, de fantasy.
À quoi attribuer cette tendance alors que dans les années 1960 la science et la SF étaient à l’honneur ? Modesitt croie que ce renversement de situation est du au fait que nous vivons maintenant dans un monde où la technologie est considérée comme magique. Dans une société où l’éducation scientifique est minimale, les gens ignorent souvent comment fonctionne les gadgets de leur vie quotidienne. Nous nous servons tous de l’Internet mais combien d’entre nous sommes capables d’expliquer la commutation par paquets, à la base du protocole IP. La télévision, les iPod, les téléphones cellulaires sont autant de boites noires qu’il nous est interdit d’ouvrir (sous peine d’annuler leurs garanties, bien entendu) et dont nous ne pouvons saisir les mécanismes puisqu’ils nous sont invisibles. En fait, le nouveau design industriel qui associe esthétisme et minimalisme fonctionnel font de ces merveilles de complexité technologique des mensonges de commodité. Nous pouvons nous servir de la technologie qui nous est offerte par les grandes compagnies mais il devient de plus en plus difficile de la comprendre, et donc de la modifier pour assouvir nos besoins personnels.
Les grandes avancées technologiques ont eu lieu à la fin du XIXe siècle et au début du XXe lorsque les outils de la révolution industrielle se sont répandus et que les individus ont pu s’en servir pour modifier les machines disponibles. Ainsi, mon grand-père entretenait ses automobiles lui-même et ne se présentait au garage que pour des troubles majeurs de mécanique. Aujourd’hui, avec tous les senseurs électroniques connectés au démarreur, il est devenu difficile pour le propriétaire de la voiture de diagnostiquer ou de changer des pièces lui-même. J’ai connu l’époque où l’on ouvrait soi-même les casiers de radio et de télévision afin de changer la lampe (eh oui, des tubes à vide) au réparateur du coin. Aujourd’hui, toute cette électronique est sur circuit intégré et il faut changer tout le circuit si un défaut se présente.
Avec mes premiers ordinateurs, je programmais moi-même mes logiciels en BASIC et je tripatouillais régulièrement le DOS et les paramètres de Windows 3.1. Aujourd’hui, avec les bases de registres ultra-compliquées des nouvelles versions de Windows, il est devenu impossible de contrôler la propre sécurité de son système, quoiqu’en disent les ingénieurs de Microsoft. Nous sommes à leur merci et à celle des hackers qui, eux, ont mis du temps considérable à comprendre la chose.
Lorsque nous étions jeunes, nous bâtissions nos propres amplificateurs pour les systèmes de son, nos parents nous offraient des kits de science, avec cristaux et microscope, ou des ensembles de chimie. Aujourd’hui ces mini-laboratoires sont interdits à cause des substances chimiques considérées comme dangereuses, sans compter les dangers potentiels de terrorisme ! (Autrement dit, si la technologie est entre les mains des particuliers, DANGER !, alors que l’on considère normal que ce soit les grandes corporations qui décident de l’orientation technologique de la société toute entière.)
Lorsque les machines étaient plus simples, il était plus facile pour un plus grand nombre de les comprendre, de les entretenir et de les modifier au besoin. Mais, paradoxalement, la sophistication plus grande de nos outils, associée avec un design fonctionnaliste, nous sépare de leur réalité technologique. Le iPod ou la manette de télécommande sont, à cet égard, l’équivalent de la baguette magique d’Harry Potter.
C’est d’ailleurs pourquoi le steampunk est à la mode en science-fiction. Parce que les artefacts technologiques de l’époque victorienne sont compréhensibles pour nous. Machines à la vapeur, pistons et leviers, acier et cuivre, valves et roues dentées... malgré l’absence de design industriel et le manque d’ergonomie, ce sont des machines reconnaissables comme telles, et non pas des bouts de plastique colorés !
Certains intervenants du milieu de l’édition me disent que le phénomène de la fantasy a fait son temps et que la SF devrait revenir en force bientôt. Je l’espère. Le but premier de la scientifiction, telle que popularisée par Hugo Gernsback dans les années 1920, était d’intéresser les jeunes lecteurs aux sciences. Ils en ont bien besoin.
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stephane dumas - 6 octobre 2007 10:34
L'autre coté de la SF que j'adore et la capacité d'adresser des problèmes sociaux dans un autre contexte. De nous faire réfléchir sur notre propre société.
Le style de science-fiction d'Asimov ou de Clarke n'est plus un attrait pour les jeunes du 21e siècle. Les jeunes veulent des solutions rapide, sans efforts. Ils ne sont plus émerveillés par les choses de l'univers. Ils sont élevés dans une société cynique qui ne prends plus rien au sérieux et qui a perdu son expris critique. Les gens gobent tout ce que les médias et internet leur disent.
C'est quand même amusant car certaines histoires de SF prédisaient une tel société.
La "science" est une discipline très jeune si on regarde l'Histoire de l'humanité. Bien que l'on labelle des gens comme Newton et Galilée de "scientifiques", ils ne l'étaient pas. C'étaient des philosophe de la nature. Le terme scientifique date du 19e siècle et le "concept" de Science et encore plus jeune. Car historiquement science était un synomyme de connaissance. Mais ce terme a été spécialisé pour décrire le domaine qui englobe la physique, les math et l'ingénierie.
Notre coté romantique aimerait bien retourner à l'époque des Maxwell, Pointcaré, Einstein, Bohr et Feynman car nous avons l'impression que c'était le summum. Nous idolatrons cette époque. Mais la science qui a été produite par ses gens est maintenant NOTRE technologie.
La société a changé. Le profit domaine tout ce que nous faisons. Il est très difficile de faire de la science pure car pour bien des gens c'est une perte de temps et ça "coute cher". Combien de PhD sont engagé pour finalement devenir des spécialiste de formulaires et de gestion. Je comprends les jeunes de fuire ce genre de "carrière". Qui voudrait passer 6-7 ans de sa vie dans un doctorat en science pour finalement faire de la bureaucratie.
La science fait parti de la culture humaine tout autant que les arts et les sports. Mais tout ce que les journaux publie sont de simples textes de temps à autre. Jamais de cahier "science" mais on retrouver tout le temps la colonne astrologie. On pourrait avoir des articles qui explique la chimie des savons. Pourquoi un savon est utile pour laver quelque chose?
Et c'est dommage que plusieurs activité à caractères scientifiques sont maintenant considérés dangereux pour les jeunes qui ne peuvent plus en profiter. Par example, dans les expo-science moultes montages sont maintenant interdit à causes des assurances. Ce qui force les jeunes à faire des projets souvent moins interessant pour eux. Mais avec un encadrement approprié ça ne serait plus un problème. Je me souvient que durant mon secondaire, on avait un club de chimie. On y faisait des expériences "controllés" et jamais on a eu d'accident.
Oui, il faudrait un retour de la bonne vieille science-fiction centrée sur la science et technologie pour profiter d'un regain d'interêt chez les jeunes. Mais est-ce que ça fonctionnerait dans la société du 21e ?