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La question de la reproduction, associée à la crainte ou à l'admiration pour les progrès technologiques, a hanté l'imaginaire littéraire tout au long de la première moitié du XXe siècle. Elle est au coeur, par exemple, des oeuvres d'anticipation des futuristes italiens Marinetti et Vasari, puis des écrivains européens Capek, Huxley ou encore Orwell. Ils relient tous l'avènement d'un nouveau monde à de nouvelles modalités de reproduction résultant des progrès technologiques. Dans le monde qu'ils envisagent, la reproduction de l'espèce est ainsi confiée à des hommes mécaniques ou à des machines. La sexualité, le plaisir et l'affection sont séparés de la procréation, celle-ci étant également soustraite au corps de la femme. La fracture entre le corps humain et ses fonctions est consommé. La nouvelle humanité est "déshumanisée". Il est parfois intérêssant quand-t-on est scientifique de se pencher dans la littérature pour trouver certaines réponses et certaines limites à la bioéthique.
Lorsque Mary Shelley publie en 1818 son célèbre Frankenstein, le mot bioéthique n'existe pas. Pourtant c'est de l'éthique propre à la recherche biologique qu'il y est question. Quelle faute a commise l'étudiant en médecine Victor Frankenstein? L'immense majorité de ceux qu'on interrogerait aujourd'hui sur ce point réponderait qu'il s'agit du fait d'avoir fabriqué un être humain.
Mais cette immense majorité n'a jamais lu l'oeuvre de Mary Shelley et bien peu savent qu'elle était sous-titrée Le Prométhée moderne. Prométhée apportait aux hommes ces Lumières et les progrès scientifiques. En effet, la science avait doté l'homme de pouvoirs que nous pouvons presque qualifier de créateurs, qui l'ont rendu capable de changer et de modifier les êtres qui l'entourent. Cela constitue donc bien un défi au canon Episcopi qui avait définitivement interdit à tout chrétien d'imaginer - d'imaginer seulement - qu'un autre que le Dieu de la Bible puisse créer ou transformer les êtres vivants. En fabriquant un être humain, Victor Frankenstein devenait un héros qui, tel Prométhée, donnait aux hommes le pouvoir de défier victorieusement le Ciel. Mais Victor, le savant victorieux, a cependant commis une faute: il a fabriqué un être qui souffre. La faute n'est pas d'avoir fabriqué un homme, c'est d'avoir fabriqué celui-là, si laid, si terrifiant que tous s'enfuient à son approche et qui souffre horriblement de n'avoir ni compagne, ni famille, ni amis. Si la bioéthique signifiait la prise en considération du mal que l'on peut faire aux autres en manipulant le vivant, alors on devrait à Mary Shelley d'en avoir imaginé le cas parfaitement exemplaire. Le fait que , au milieu des années 1990, la communauté scientifique ait considéré comme un problème éthique majeur le choix, dans la fécondation in vitro, entre le spermatides et les spermatozoïdes démontre parfaitement que ce que l'on appelle la bioéthique n'a pas grand chose à voir avec cette morale. Alors que les églises elles-mêmes semblent avoir oublié le canon Episcopi, c'est pourtant bien ce qu'il fulmine contre la science le sacrilège qui est au coeur de la bioéthique.
Écrit par : Jeremie Escallier
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